11 mai 2008
Petit traité à l'égard des honnêtes usagers
Chers lecteurs, je vous propose ici une petite mise en situation que j'ai vécue pas plus tard que samedi matin. Mais avant, prenons soin de situer le cadre.
Le lieu
A usage collectif, car la souffrance est bien plus drôle lorsqu'elle est partagée. Pour cela, nous choisirons les transports en commun. Bien évidemment, nous ne prendrons pas le métro/RER pour la simple et unique raison que ces transports, lorsqu'ils roulent, occasionnent grandement du bruit, ce qui est parasite pour notre situation (et ironique, vous le verrez par la suite, que ce bruit si désagréable puisse s'avérer parasite). Nous opterons donc pour le bus.
Les personnages
Bon, règle de politesse se faisant, nous commencerons par les personnages secondaires. J'ai nommé les badauds, les usagers du bus qui lisent ou regardent le paysage, mais sans jamais déranger qui que ce soit, même lorsque ceux-ci parlent entre eux.
Ensuite, nous avons le ou les abrutis. Mais souvent, il ne s'agit que d'un, armé de l'accessoire dont on va parler ensuite. Souvent reconnaissable à son style vestimentaire étant soit réchappé du Queen 80's (comprendre une fashion victim habillé en technonikeur) soit la version rappeur West Coast. Le style est important, car de ce style découle la forme du parasitage qui suivra.
Et pour finir, vous et moi.
Les accessoires
Enfin devrais-je dire L'accessoire : le téléphone portable qui fait MP3 ! Et paradoxalement à ce qu'on pourrait définir comme étant un accessoire, les écouteurs se font absents... Là, je suppose que vos neurones établissent déjà leur connexions synaptiques et vous commencez à entrevoir ce dont je veux vous parler.
La situation
Samedi matin, vous rentrez chez vous après quelques jours de détente (jeudi férié). Vous montez dans le bus et là, vous voyez le chauffeur. Vous vous souvenez de lui, c'est un chauffeur qui conduit comme un taré. Il dit aussi à peine bonjour, et la dernière fois, vous le soupçonniez d'être à l'origine d'une odeur fort désagréable.
Vous vous installez à votre place préférée, celle où vous n'avez pas de voisins, où vous tournez le dos au chauffeur et où vous pouvez poser votre gros sac, le tout en mettant vos pieds sur une espèce de rembarde métallique.
Vous ouvrez votre magazine/livre, sortez votre Ipod Schuffle et mettez vos écouteurs In-Ear (La petite merveille de technologie qui se loge au creux même de votre conduit auditif et vous permet d'écouter de la musique sans être obligée de monter le son à fond et sans être trop dérangée par les bruits extérieur)
Votre MP3 passe de la fin d' Ironic d'Alanis Morissette pour se lancer sur un morceau de la symphonie N°7 en LA Majeur de Beethoven. Le morceau oscille entre discrétion des cordes et puissance de l'orchestre tout entier.
A un moment, les cordes jouent leur partition discrète. Vous percevez quelque peu les bruits extérieurs, mais n'y accordez pas d'importance. Lorsque LE bruit parasite fait son entrée ! Une espèce de "musique" grésillante. Vous interrompez votre symphonie, et partez à la recherche du pauvre con qui écoute son MP3 sans écouteurs.
Vous parcourez le bus, deux suspects : un mec au fond du bus, qui vous a repéré en train de suspecter tout le monde (c'est donc qu'il a quelque chose à se reprocher s'il scrute autant les gens me dis-je) et un pauvre ado dopé au Macdo, debout, en train de déplacer son portable devant lui comme s'il s'agissait d'un appareil de massage pour le visage.
Las de toute cette suspition, vous retournez à votre lecture et à votre symphonie qui reprend la partition dans un moment fort, occultant ainsi le bruit parasite.
Mais tout ceci se reproduit encore : le morceau baisse, vous entendez à nouveau cette musique de merde qui grésille, vous tentez une fois de plus de repérer de qui il s'agit. Mais rebelotte, toujours deux suspects. A la troisième fois, le mec au fond du bus est descendu, il ne vous reste plus que l'erzatz de rappeur.
Et quand bien même vous venez de le repérer, vous feriez quoi ?? Le transpercer d'un regard noir au mieux, puisque vous avez la liberté sonore à portée d'Ipod. Cependant, vous ne pouvez vous empêchez d'imaginer ce qui pourrait se passer : vous interpellez le mec, il s'énerve et viens vers vous, il vous tape, vous le tapez. Fin du film 1.
Puis deuxième film : il repère votre ipod Schuffle accroché à votre petit haut, il vient vers vous, veux vous le racquetter, puis vous lui assenez une réplique bien intello. Le temps qu'il comprenne, vous avez dix fois l'occasion du lui en coller une. Fin du film 2.
Ceci est bien évidemment de l'ordre du fantasme, mais régler son compte à un con, ne serait-ce qu'en l'imaginant, est thérapeutiquement reconnu pour faire baisser le taux de stress, sans pour autant être quelqu'un de violent. Il s'agit du phénomène de l'employé oppressé qui, une nuit, rêve qu'il tue son patron : le lendemain, il n'accumule pas son stress puisqu'il s'est "déchargé" la nuit, et ce mec là n'est et ne sera pas un meutrier.
Vous arrêtez tout de même de vous prendre pour Bruce Lee mentalement, et recommencez votre lecture, tout en augmentant bien le son de votre Ipod (et en maudissant ce connard, et par la même occasion votre manque de courage)
Puis à mi-chemin, le bus fait sa traditionnelle halte de régulation. Mais quelque chose n'est pas pareil : vous entendez la porte du "guichet" du chauffeur claquer. Vous coupez le son, et vous entendez le chauffeur dire :
"Aller maintenant ! C'est bon là, tu dégages !"
Il ne vous en faut pas plus pour comprendre (et dépasser vos espérances surtout) : vous regardez sadiquement l'abruti prendre un air de merdeux et dégager dehors sans demander son reste. Il s'assoit à l'arrêt pour attendre le bus suivant sans doute, lorsque le chauffeur se lance dans une tirade :
"Nan mais c'est vrai quoi, on a un appareil personnel, mais c'est pas fait pour déranger les gens ! Il peut l'écouter avec des écouteurs ! Regardez la demoiselle, elle, elle dérange personne avec ses écouteurs !"
Et les gens de le remercier chaleureusement, vous avec. Les gens le rassure, lui disant qu'il a eu raison, et vous de rajouter (puisqu'il vous a pris en bon exemple) que les écouteurs, merde alors, ça sert à quelque chose ! Vous venez de changer d'avis sur ce chauffeur, ça c'est sûr.
Ca c'est dans les cas les plus idylliques. Le plus souvent, ces connards s'assoient au fond du bus, là où ils sont innateignables et font bien chier tout le monde (et personne n'ose dire quelque chose). Mais si vous possédez, comme moi, une moitié aussi énervée par ce genre de chose, à deux, ça devient un jeu assez drôle. Situation : au fond du bus, avec un teckonikeur et une musique de merde qui lui correspond. A noter : son MP3 est vraiment pourri, le son est donc encore plus insupportable.
Moi : "Tain, ça m'énerve ça !"
Elle : "Ouai, moi aussi !"
Moi : " Tain, on se demande vraiment à quoi ça sert les écouteurs ! Moi aussi je vais faire pareil tiens, on va voir si ça plait !"
Elle : "Ouai, et puis en plus, quand on a un appareil de merde et qu'on écoute de la musique de merde, on la fait pas partager !"
Et le mec de changer de musique de plus en plus vite au fur et à mesure qu'on balançait nos pics, pour trouver un morceau potable sans doute, avant de finir par sortir du bus. Victoire !
En fait, à deux c'est plus drôle. Après tout, quand ils sont en bande, ils nous font bien chier, alors pourquoi pas ne pas en profiter quand on est à notre tour plus nombreux qu'eux ;)
