14 avril 2008
Interlude
Bon, je vais vous raconter ce que je devais vous raconter précedemment, à savoir comment ma famille à une drôle conception du sommeil.
Petit bon en arrière de trois semaines, on est en week-end, avec ma grand-mère, ma tante et ma mère, pour aller rendre visite à mon arrière grand-mère. On passe la journée avec cette dernière, puis on se rentre pour aller manger.
Mais avant, petit passage par chez la famille du Norch', chez les chtiots. On reste pas longtemps, on crève la dalle. On se barre dans un resto/pizzeria, et l'ambiance de la soirée n'a d'égale à celle de la journée : une bonne ambiance familiale entre nana. Puis, pendant le repas, vient le sujet de qui dort où.
Avec ma mère, on avait déjà décidé. Enfin, j'avais surtout décidé de ne pas dormir avec elle, donc par extension, c'était décidé pour tout le monde.
Pour bien comprendre, dans la maison, il y a le canapé en bas, qui est en réalité tout le temps occupé par mon grand oncle. Puis, il y a la chambre du fond, celle où mes jambes dépassent facile de 50 cm du lit. Je dormais dedans jusqu'à l'âge de 10 ans (et encore, avec les pieds qui dépassaient) mais après, trop petit. Ensuite, il y a la chambre de mes arrières grands-parents, la chambre de droite. Vu que le lit est super dur et que c'est un peu là que mon arrière grand-père est décédé, je n'avais pas vraiment envie d'y dormir... (et puis de toute manière, ma mère avait jeté son dévolu dessus, vénérant les matelas bétonés ). Reste ensuite la chambre de gauche, celle que j'adore, avec un matelas aux ressorts tellement défoncés qu'on à l'impression d'être sur un matelas à eau !
Bref, ce fût décidé ainsi : je prennais la chambre de gauche, celle dont personne ne veux à cause du matelas (m'arrange bien tiens ! ) ma grand mère prennait la chambre du fond avec le petit lit, et ma tante et ma mère, dormaient toutes les deux dans la chambre au lit de fakir.
Toujours au resto, ma tante souffrant énormémant d'une barre dans le dos se prend un décontractant musculaire doublé d'un anti-infflamatoire. Ca plus le vin, ça l'a emmené voir les étoiles. Complètement défoncée la tatie !
Après le resto, on rentre, nettoyage, puis bouquinage après avoir pris la précaution d'avoir changé l'heure. Je tombe vite dans les bras de Morphée, n'entendant personne remonter. J'en déduis que ça a papoté sec dans la salle de bain. Je dors paisiblement, m'enfonçant lentement dans un sommeil lent, presque paradoxal, quand la porte de la chambre s'ouvre, laissant surgir la lumière et ma tante qui me couine :
"Laeti ma puce, excuse-moi, mais tu veux pas aller dormir avec ta mère ?? Elle arrête pas de tourner les pages et ya la lumière !"
Vous n'y comprennez quepouic ? Je vous rassure, moi aussi sur le moment, c'est-à-dire la tête dans le cul, complètement ahurie par le réveil, ça me parlait pas plus que mes cours de Latin en quatrième avec Mme Hulotte (et oui, elle portait le nom d'une chouette, elle en avait même la tête !). Et les "s'il-te-plaiiiiit" suppliants-dégoulinants de chiantise de ma tante n'y arrangeaient rien.
Le calcul fût simple dans ma tête : si moi vouloir retrouver sommeil, moi devoir jarter tante de ma chambre, donc moi aller régler problème. Ploblème = ma mère. Ahahah ! Me voilà qui débarque en furie et trouve ma mère dans son délit : ses mot-croisés dans les mains et la grande lumière allumée. Je lui parle pas vraiment aimablement (rappel : moi réveillée, moi vouloir me rendormir, moi pas prendre de gants. Faut pas pousser mémé dans les orties non plus ! ) mais elle me regarde avec l'air aussi étonnée que j'ai eu lorsqu'on m'a réveillée. Du coup, je lui arrache les mots croisés des mains et éteint la lumièreeuuu (montre-moi ton côté sombreuuu).
Je m'en retourne donc vers mon lit douillet (j'avais allumé le chauffage, rajouté une couverture, trouvé un oreiller digne de ce nom. Bref, le pied quoi) assez étonnée tout de même que cela se règle aussi vitre lorsque je trouve ma tante DANS MON PUTAIN DE LIT ! Mais non !! Là, ça va pas être possible ça !!! Dégage de là !!!
Et ben vous le croirez si vous le voulez, mais je me suis faite réveillée et dégagée de ma chambre en pleine nuit. Inutile de vous dire qu'avec ma mère on l'a un peu maudite sur cinq générations pendant trois heures, donc on n'a pas vraiment dormit (enfin moi, parce que si je me fit aux ronflements de ma mère passé ne certaines heure, celle-ci a pû passer une nuit avec rêves...). Parce que ce qu'il faut savoir, c'est qu'elle a tapé une telle crise d'hystérie à ma mère, que cette dernière a bien cru que la maisonnée était réveillée et les voisins avec ("Oui mais c'est pas la lumière qui m'empêche de dormir, c'est quand tu vas éteindre la lumière, ça va me réveiller !" => Consternant hein ? )
Bref, pour faire court, je lui ai répiqué ma couverture supplémentaire et refilé son oreiller "sac rempli de patate" sans aucuns scrupules. Puis j'ai réfléchi avec ma mère à des plans d'action le lendemain pour lui faire payer sa grossière erreur, et enfin, j'ai alterné veille et cauchemars. Finalement, après quoi, quatre heures de sommeil peut-être, je me lève n'en pouvant plus de rester dans ce lit sans pouvoir dormir. Je met mon plan d'action à éxécution : rentrer dans sa chambre, récupérer mon ordi, et faire le plus de bruit possible. Mais à peine sortie dans le couloir, elle pointe sa tête dans le couloir me demandant l'heure et me disant qu'elle à mal dormi "Moi aussi !" lui-répondis-je avec un regard noir et un ton glacial.
J'ai continué de lui faire la gueule, attendant des excuses sincères et pas prétextes comme cette nuit-là, mais figurez-vous que j'attend toujours. Peut-être un jour me lasserais-je de les attendre et dans ce cas, je cesserais d'être déçue par ma tante, mais pour l'instant, je persiste à lui démontrer mon mécontentement par la distance.
Bon sinon, rien à voir avec la choucroute, mais hier, on regardait 66 minutes avec ma chérie. Et là, on voit Mariah Carey, sa vie, son oeuvre. Une comparaison se fait alors par ma Chose et moi-même sur sa vie (elle revient toujours au top) et celle de Brit-Brit (elle stagne aux flops). Surgit alors de ma bouche une phrase hautement philosophique dont je mourrais d'envie de vous faire part :
"Il y a certains artistes qui partent pour mieux revenir. Mais il y en aussi qui reviennent pour mieux partir"
Méditez là-dessus mes agneaux, et si un jour on vous réveille pour un problème, refusez de sortir de votre lit, c'est sûrement un piège pour qu'on vous vole votre place !
07 avril 2008
C'est arrivé...
Je ne pensais pas écrire ce post aussi tôt... Mon arrière grand-mère vient de décéder ce matin. Mon grand-père à appelé tôt ce matin sur tous les portables, mais je pensais que c'était pour une broutille, donc j'ai fait en sorte qu'ils ne sonnent plus. Cependant, je me suis dit qu'à cette heure-ci, la probabilité que ce soit quelque chose d'urgent était quand même grande, et j'ai de suite pensé à mon arrière grand-mère. Et effectivement.
Même si je m'y étais préparée depuis un moment, l'annonce à été comme un coup sur la crâne. Une enclume qui me tombe au fond de l'estomac. Je pensais pouvoir la revoir encore une fois au moins. Je ne pensais pas que ce serait aussi foudroyant, car si on en croit les symptômes, elle n'était pas encore trop avancée dans la maladie.
Cependant, c'est aussi ce que j'espérais pour elle : qu'elle parte vite rejoindre mon arrière grand-père, qu'elle ne souffre plus. Ainsi, je suis partagée entre grande tristesse et soulagement pour elle.
Si j'avais su que c'était la dernière fois que je lui disait au revoir, je sais pas, j'en aurai sûrement plus profité ou je sais pas quoi d'autre. J'ai comme un sentiment de frustration...
Je t'aime Mamie, et je sais que maintenant, tu vas être très heureuse.
01 avril 2008
Je me suis décidée
...Sur les conseils de certain(e)s suivant ce post, à aller voir mon arrière grand-mère ce week-end.
Je ne sais pas par où commencer, si ce n'est que je ne regrette pas d'y être aller, même si le week-end est chargé émotionellement, et que c'est dur de s'en remetre.
Je ne regrette pas car j'ai découvert une facette de moi que je ne connaissais pas, une facette qui m'a fait me sentir à l'aise là-bas, avec elle, avec les autres résidents, paradoxalement au fait que c'est toujours dur de rester dans ce lieu, avec ces mêmes résidents, et leur histoire, passée ou actuelle.
Ce que je nie pas c'est qu'en arrivant, de la voir m'a choqué. Ca faisait un moment que je n'avais pas été la voir, quelque chose comme un an, ou en tous cas, plusieurs mois. Et elle n'avait rien à voir avec le femme que j'avais vu la dernière fois, c'est indéniable.
Plus maigre, le visage presque émacié, apathique, sans expression aucune, le regard agard. Le fait qu'elle n'ait pas ses lunettes à amplifié l'effet. J'ai eu un pincement au coeur et des larmes qui me sont montées lorsque je suis allée lui dire bonjour. Elle attendait assise auprès d'un de ses fils, qui lui-même l'avait trouvée la tête contre un mur. Ca a dû être encore plus dur pour lui. Puis elle dit "bonjour" d'une voix faible et avec pénibilité. Rien à voir effectivement avec ma mamie que j'avais laissé ici quelques mois auparavant qui s'exprimait pleinement et dynamiquement...
Elle ne reconnaissait personne, j'ai donc dû me présenter à elle. Elle garde quand même ma mère, S, et mon grand-oncle, C, comme point de repères. C passe souvent la voir, puisqu'il habite à côté. Et pour ma mère, il y a toujours eu un lien particulier, puisque ma mamie l'a élevé jusqu'à l'âge de 4 ans, âge auquel on se fixe ses figures d'attachements (essentiel pour se sentir bien, entouré, et qui fixe les premières traces d'un comportement futur en résumé). Je lui ai donc dit "C'est Laetitia Mamie. La fille de S " mais à ce moment, je doute qu'elle m'ait réellement remise, tout comme ma tante, et ma grand-mère qu'elle prendra plus tard pour sa belle-soeur et sa belle-fille...
Samedi midi, on passe à table avec elle, ma grand-mère, ma tante et ma mère. Quatres générations réunies. La dernière fois que c'est arrivé, je comprennais tout juste ce que voulais dire le mot "génération". Son dentier d'en bas lui a été retiré, parce qu'elle se blessait avec. On nous a dit que c'était normal puisqu'elle avait maigrie, sa morphologie osseuse avait elle aussi changée, et son dentier la blessait. Elle mangeait péniblement, ne pouvant mâcher. De temps en temps, une quinte de toux comme elle a toujours connu lui prennait, manquant de l'étouffer avec la nourriture qu'elle accumulait dans la bouche.
De temps en temps, on lui demandait si elle allait bien, elle prennait du temps à chercher qui lui posait la question puis répondait d"un faible "oh ben oui va". Mais lorsqu'on parlait entre nous, elle fixait de temps en temps la personne qui parlait. Elle ne parlais pas, mais comprennait beaucoup de chose, comme elle l'a toujours fait avant sa maladie : elle se taisait mais n'en pensait pas moins !
Arrive la fin du repas, ma mamie a très bien mangé, ce qui n'a pas manqué de ravir les aides soignantes et les infirmières, qui s'inquiétaient de son peu d'appétence ces derniers temps. Un réconfort pour nous aussi. Un réconfort aussi, car elle est restée assise tout le long du repas (un des signes d'augmentation de la maladie, c'est l'errance, même pendant les repas). Ce qui était moins rassurant, c'est qu'elle ne se souvenait pas avoir mangé...
Après le repas, elle a envie de se dégourdir un peu les jambes. Nous voilà donc en train de la promener. Avec ma grand-mère, on lui donne chacune un bras et nous voilà partie en ballade : jusqu'à se chambre, puis on revient vers le patio, pièce à vivre de la maison de retraite, puis on repart vers un autre couloir pour enfin s'assoir avec ma mère et ma tante. Une chose est sûre, c'est qu'elle cavale la mamie !
Les infirmières nous ont dit que le médecin devrait passer cette après-midi, car la veille elle a fait un malaise avec des convultions, et ils s'inquiètent de savoir pourquoi. Du coup ma mère me demande de venir avec elle quand il sera là. Ca me réconforte, car ça veut dire qu'elle a accordé du crédit à ce que je lui avait dit sur ce que pouvait avoir mon arrière grand-mère.
On passe l'après-midi, entre mots-croisés, photos, et promenades dans la maison de retraite. Je m'assoie toujours à côté d'elle, pouvant ainsi l'aider quand elle bave (le dentier du bas qui manque la fait beaucoup saliver) Quand ma mère et moi partons fumer dehors, elle lève la tête avec panique et demande où on va. On la rassure donc en lui disant qu'on revient et elle s'apaise, mais s'impatiente déjà de la promenade à suivre.
Quand elle est dans ses pensées (ses souvenirs sans doute) je l'interpelle et lui demande avec une voix joyeuse "A quoi tu penses Mamie ? " Elle ne répondra qu'une fois, par "A rien..." Ca lui demande trop d'énergie pour réfléchir à une phrase et pouvoir la dire, donc le reste du temps elle ne répond pas et me fixera. Mais elle semble garder son sens de l'humour pince-sans-rire :
Moi : Tu te souviens Mamie de quand tu étais petite ? (je sais que la mémoire autobiographique est la dernière mémoire à être altérée dans Alzheimer, c'est celle des souvenirs. Je voulais la faire parler sur des choses dont elle pouvait se souvenir)
Mamie : Bah oui...
Moi : Et c'était comment ?
Mamie : Ben j'étais petite !
Ce qui est émouvant, c'est que si elle ne parle pas, ses yeux eux me parlent en revanche. Ils me disent qu'elle me comprend, ils pétillent parfois. Et d'autre fois, ils sont tristes. Mais jamais inexpressifs. Ses traits du visage sont sans expressions, mais ses yeux eux, continuent de parler à qui sait les regarder avec attention.
Elle garde aussi son caractère, bien qu'il ne s'exprime que très rarement. J'avais parlé à ma tante, ma grand-mère et ma mère, dans la voiture, des quelques cours que j'ai eu sur la psycho du vieillissement. Et notamment du fait que l'infantilisation (parler à la personne comme si c'était un enfant de trois ans) était une des formes de maltraitance. Mais bien sûr, on ne peux pas s'en empêcher. Ainsi, quand ma tante insista une fois de plus pour que ma mamie mange le pain qu'elle délaissait volontairement, elle lui lâchat un "Oooh la barbe hein !" bien sentie et bien dynamique, tout en lui foutant une claque sur sa main qui se dirigeait vers le pain ! Bien que ça donnait un avertissement à ma tante sur cette infantilisation qu'elle ne pouvait s'empêcher de faire, ça nous a fait rigoler de la retrouver momentanément comme elle était avant :)
Son repas du soir se passe, et le médecin n'est toujours pas passé, on décide d'attendre qu'elle finisse, puis d'aller la coucher. Je la conduit dans son fauteuil roulant, sa "mercedes classe A" comme l'appelle une aide soigante très drôle et très sympathique, et qui aime vraiment son métier ! ("Je vous remonte les fenêtres teintées Mme Henry ? " "Vous avez vu, aujourd'hui il fait beau, on a sortie la décapotable ! "). On lui dit au revoir, qu'on l'aime et qu'on revient demain. Ma grand-mère lâche derrière mon dos à ma mère : "elle devrait rester tout le temps ici Laetitia !" Sous-entendus, je m'occupe bien de mon arrière-grand-mère. Et ma mère de lui répondre "oui, ils recherchent des psychologues en gériatrie". Mais le boulot de psy en gériatrie n'est pas du tout le même que d'aller s'occuper d'un membre de sa famille.
Le dimanche midi, même ambiance. Sauf que cette fois-ci, ma mamie à bien failli s'étouffer pour de bon ! Fort heureusement, j'ai crié qu'elle ne respirait plus et ma mère lui a tapé fort dans le dos. Faut dire aussi que c'était de la tarte à la rhubarbe et à la pomme et que mamie à toujours été une sacrée gourmande !
Après manger, elle a les jambes qui la démange, je la lève. "Tu m'accompagne ?" qu'elle me dit. "Oui mamie, bien sûr ! Tu veux aller où ?" je lui répond. "Oh ben j'te suis moi !". Je me suis habituée à ses phrases courtes mais tellement précises. On part donc en promenade jusqu'à sa chambre, puis on revient. Sur le chemin du retour, je lui essuie la bouche, bouchant ainsi le passage à trois autres résidents, dont un hommes qui en profite pour me draguer : "Ah bah tiens, je vais vous donner les bras moi aussi, il vous en reste un de libre !". Je lui répond en souriant qu'il a son déambulateur, ce sera donc difficile. Tu parles ! Le voilà prêt à la dégager dans un coin oui ! Enfin, ça mettait un peu de bonne humeur. Il a tenté de faire assoir ma mère sur ses genoux, puis moi ensuite. Quand on racontait ça à ma mamie en partant, elle nous répond avec un sourire (le seul et unique, je ne l'ai même pas vu...) "M'étonne pas de lui tiens !"
Quand je laisse ma mamie au bras de ma grand-mère pour aller aux toilettes, elle demande quelques secondes après que j'ai disparue "Elle est où Laetitia ???". Ca m'a fait plaisir de voir qu'elle avait réussi à se souvenir de moi, même si ce n'est pas du durable...
On part, elle nous raccompagne à la porte de la maison de retraite. J'ai la gorge serrée, comme à chaque fois, depuis que je suis petite, et que je la laisse dans les Ardennes pour retourner sur Paris. Et d'autant plus depuis qu'elle est là-bas. On lui fait des bisous, mais mon "je t'aime fort !" reste bloqué dans ma gorge nouée. Je sais que s'il part, mes larmes partiront avec, et je ne veux pas qu'elle panique. Mes yeux lui répondent cependant au sien pour lui dire à quel point je l'aime. Et je lui renvois tout ses bisous et ses au revoirs qu'elle nous envoie avec sa main, ne lui tournant le dos qu'une fois hors de sa vision.
Une pensée me viens sur le chemin du retour, surtout une phrase qu'elle a dit : "Il me tarde de partir" suivit d'un délire incompréhensible peu après. J'ai interprété ça comme une phase de lucidité d'une femme qui ne supporte plus son état grabataire. Et la pensée qui m'est venue, c'était que j'espérait pour elle que ça se finirait au plus vite. Qu'elle rejoindrait mon arrière grand-père et nous surveillerait de là-haut, qu'elle serait de nouveau heureuse, et consciente de l'être.
Comme je l'ai dit plus haut, je ne regrette pas d'y être allée, même si aujourd'hui quand j'en parle, l'émotion me gagne, ou alors m'envahie totalement. Dimanche soir, ma chérie me laissait craquer pour la première fois du week-end dans ses bras. Lundi, l'émotion ma gagnait devant une amie. Aujourd'hui, elle m'envahie une fois de plus. Mais d'avoir raconté tout ça me fait fait du bien, et je remercie ceux qui auront lu jusqu'au bout. Bien que je l'écrive avant tout pour moi, et que le taux de lecture m'importe peu, il faut une bonne dose de patience pour arriver jusqu'à la fin et je salue cette patience ;)
Le prochain post, je vous raconte l'envers du décor de ce week-end, ou comment la gestion du sommeil dans ma famille n'est pas la même que la mienne. Je vous rassure d'emblée, ce post sera beaucoup plus joyeux que celui-ci, puisque l'ambiance avec ma famille était bonne ;)
04 février 2008
Tristesse du jour, bonjour.
Ce n'est pas vraiment un post joyeux pour une fois, mais j'ai besoin d'évacuer tout ça.
Ce week-end, mes parents sont allés rendrent visite à mon arrière grand-mère qui est en maison de retraite dans les Ardennes. Ne pouvant y aller, je lui ai écrit une lettre où je lui disait que je l'aimais très fort et que je pensais tout le temps à elle. J'y ai mis une photo aussi. Mais la lettre, elle n'a pas réussie à la lire. La photo, elle ne la pas reconnue non plus, de toute manière, elle a à peine reconnue ma mère et mon beau-père...
Quand elle est arrivée là-bas, on lui a fait passé les test pour Alzheimer bien sûr, mais le diagnostic c'était qu'elle avait une atrophie corticale, le cerveau qui rétrécit quoi. C'était donc normal qu'elle perde un peu la mémoire. J'avais mal au coeur de la voir là-bas, de l'entendre dire qu'elle ne resterait pas longtemps, qu'elle retournerait chez elle après, alors que tout le monde savait bien que non, qu'elle n'était plus capable de vivre toute seule.
Ces derniers temps, son état physique s'est un peu aggravé, elle était en fauteuil roulant. C'est inquiétant, mais ce qui l'est encore plus, c'est son comportement :
- Elle se lève sans arrêt et marche sans but (errance), cache des objets, les déplaces.
- Elle ne reconnait plus les visages (agnosie faciale)
- Elle ne reconnait plus les objets, perd le sens de leur utilité (agnosie visuelle). Ce week-end, elle a pris son gateau pour se moucher, puis après, elle a mis son mouchoir dans la bouche...
- Elle n'arive plus à bien lire (Alexie) Je ne sais même pas si elle sais encore écrire.
- Elle n'a plus de repère temporo-spatial, elle perd la notion du temps et ne lit plus l'heure. Elle se perd dans les couloirs aussi.
Et tout ça, ce sont des symptômes d'Alzheimer. En fait, Alzheimer commence avec une atrophie corticale. Le diagnostic a été prononcé, mais peut-être trop tôt. J'en ai fait part à ma mère, mais elle se dit que de toute manière, il n'y a pas de soins à apporter, et puis à son âge, à quoi bon. Mais moi je ne suis pas d'accord. Déjà, on sait ce que provoque Alzheimer : c'est une maladie qui empêche les neurones d'utiliser un neuromédiateur (substance qui sert à la communication entre neurones) l'acétylcholine. Ce neuromédiateur est utilisé dans les processus de la mémoire et de l'apprentissage notamment. D'où le fait que quand il est inhibé, voir détruit, les facultés cognitives et mnésiques se détériorent. De ce fait, on peut lui donner un médicament contenant ce neuromédiateur, et donc ralentir les effets d'Alzheimer par des soins paliatifs. Et puis il y a les soins plus "psychologiques" : des activités pour mobiliser et faire travailler ses capacités intellectuelles, un environnement sécure, etc.
Bien sûr, ça ne va pas arrêter la maladie si elle l'a, mais ça la ralentira un peu. J'estime que ce n'est pas parce qu'elle est agée qu'on doit la laisser se dépérir dans une maladie incurable.
Ce qui est d'autant plus intolérable, c'est qu'elle est dans une maison de retraite médicalisée, et que personne ne semble prendre sa souffrance en compte. Car les malades d'Alzheimer souffrent au début, de voir perdre leur capacités cognitives et mnésiques, ce qui entraine le plus souvent des dépressions.
De plus, lui refaire un dépistage d'Alzheimer est nécessaire, pour elle, mais aussi pour la famille, car les risques de contracter cette maladie augmentent par 3 quand il y a un seul membre de la famille atteint, et par 7 quand il y en a 2 et plus... Sachant que l'arrière arrière grand-mère était aussi dans cet état à la fin de sa vie, et qu'il y a des cas d'Alzheimer avant 40 ans, on peut se poser la question du risque pathogène dans notre famille.
Quand j'étais allée la voir, il y avait une dame qui était atteinte d'Alzheimer. Elle ne savait plus manger, ni utiliser les objets, et avait perdu la faculté de parler (perte progressive de la capacité du langage). Elle ne reconnaissait bien sûr plus sa fille qui venait la voir. Quand je la voyais, j'avais le coeur serré. Mais je voyais mon arrière grand-mère faire du second degré, et je rigolais avec elle. Aujourd'hui, c'est elle qui est dans cette situation. J'ai le coeur serré et du mal à rire.
Quand j'écris ces lignes, je suis désemparée et triste. Bien sûr, on est pas la seule famille à qui ça arrive. Mais déjà quand je voyais la dame qui était atteinte d'Alzheimer, j'en avait les larmes qui montaient, alors une personne qui est chère... Je ne l'ai pas vu au quotidien sombrer, mais la démence fait partie des pathologies que j'ai vu en cours, et pour appuyer le cours, il y avait une vidéo en TD d'une personne atteinte. On la voyait au début de sa maladie, puis jusqu'au point où elle ne pouvait plus marcher. Je me retenais de chialer en plein TD. J'imagine donc, grâce à cette vidéo, ce par quoi elle passe.
Le pire dans tout ça, c'est que je devrais aller la voir avant que ça ne s'aggrave trop et que ce soit trop tard, mais je n'y arrive pas, je ne me sens pas assez forte. J'ai peur de ne pas tenir le coup une fois là-bas. Je suis aussi tiraillée entre garder une image d'elle avant la maladie, et la voir avant qu'il soit trop tard pour lui dire que je l'aime fort, la serrer contre moi. Je suis tiraillée entre me souvenir d'elle quand elle allait dans son jardin pour ceuillir ses patates, quand je me levais le matin et qu'elle était déjà prête depuis longtemps, quand elle me parlait de sa vie, de la seconde guerre, de sa rencontre avec pépé René, quand elle me dorlotait, quand elle "m'engueulait" parce que je la faisais tourner en bourrique... Tiraillée entre ça et aller la voir et ne garder que cette image d'une femme qui n'est plus elle.
Paradoxalement, ce qui me conforte, c'est qu'elle va perdre conscience de son état. Même si elle va oublier peu à peu qui elle est, au fur et à mesure, elle ne va pas avoir conscience de ce qui lui arrive. Elle va retourner à un état infantile, celui où on n'a que l'inné, pas un gramme d'acquis. C'est dur pour la famille, mais pour elle, j'imagine que c'est une mort plus "douce", même si c'est ça qui la précipite vers la mort.
C'est dur de voir partir quelqu'un qui nous est cher, on ne s'y habituera jamais.
